ISSN: 1705-6411

Volume 10, Number 2 (July 2013)

Ten Years of IJBS

De La Modernite A L’Univers De Simulation: Karl Marx et Jean Baudrillard

Dr. Oguz Adanir
(Université Dokuz Eylul, Izmir, Turkey)

La tradition et les générations antérieures, écrivait Marx, pèsent comme un  cauchemar sur le cerveau des vivants (Braudel, 1979:794).

La question de savoir si la pensée humaine peut atteindre une verité
objective n’est pas une question théorique mais une question pratique. C’est dans la pratique que l’homme doit démontrer la vérité, c’est-à-dire la réalité, la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps… (Marx, Thèses sur Feuerbach).

Contre ceux qui, blindés dans leur matérialisme légendaire, crient à l’idéalisme dès qu’on parle de signes, ou de quoi que ce soit qui dépasse le  travail productif manuel, contre ceux qui ont de l’exploitation une vision musculaire et énergétique, nous disons que si le terme ”matérialiste” a un sens (critique, et non religieux), c’est nous qui sommes matérialistes... (Baudrillard, [1975] 1994:88).

Ces deux figures historiques singulières ont révolutionné chacune, d’une manière ou de l’autre, non seulement les esprits intellectuels des sociétés modernes, mais aussi une partie non négligeable des intellectuels des sociétés non-modernes. On peut donc les considérer comme des révolutionnaires du monde de la pensée intellectuelle ou philosophique.

 

Sur le plan chronologique, Marx, en tant qu’un philosophe moderne, renverse les habitudes de penser et la mentalité dominante essentiellement avec sa conception matérialiste de l’histoire qu’il fonde sur la notion de production. Pour accomplir cette tâche il adopte une nouvelle approche scientifique1qui n’est pas du tout celle de ses prédécesseurs; c’est-à-dire qu’il change de perspective en ce qui concerne l’analyse historique et sociale. Quant à Jean Baudrillard, avec son “principe de réalité” et les autres concepts ou mots qu’il a forgé comme simulation, hyperréalité, hyperrationalité, etc. il consacre une partie de sa carrière à prouver que l’approche marxiste est révolue, qu’elle ne possède plus les concepts et la règle du jeu correspondant à l’analyse de la société de consommation moderne. Pour mener à terme ses arguments il fait comme Marx, il change de perspective [Baudrillard se considère comme un pataphysicien!]. Il récuse la conception marxiste de l’histoire, tout en proposant une autre description des événements qui ont eu lieu à l’aube de l’Histoire en adoptant les données de la “Théorie du Don” de Marcel Mauss.


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A l’ère du capitalisme industrielle Marx propose une analyse très approfondie et complète de la société dans laquelle il vit, de son passée et de son avenir que Jean Baudrillard accueille favorablement et lui rend hommage seulement pour la partie qui concerne la période où il a vécu, mais rejette ses analyses concernant le passé et l’avenir.

Ces deux figures éminentes de la pensée moderne diffusent leurs rayons à travers le monde tout en contemplant pour ainsi dire le même paysage humain, mais avec quelques générations d’écart; c’est-à-dire que Jean Baudrillard se présente sur la scène historique intellectuelle à peu près un siècle plus tard. Presque tout au long du XIX. siècle les pays ındustrialisés de l’Europe de l’ouest offrent un paysage sociale en pleine ébullition. Après deux siècles des Lumières, de technologies et enfin avec un capitalisme industrialisé un monde ancien semble s’écrouler dans ce vieil Europe et laisser sa place a un nouveau monde avec ses institutions, ses établissement et ses règles du jeu. La pensée philosophique moderne se dissocie définitivement de la pensée métaphysique pour une pensée qui se veut rationnelle, matérialiste; on change les mentalités!

Marx et le marxisme remanie les valeurs humaines bourgeoises du siècle des Lumières, et les adoptent. Mais l’idée de Révolution communiste ou socialiste n’arrive pas à séduire profondément le prolétariat à un moment où le capitalisme industriel inhumain règne. Ni plus tard d’ailleurs; parce que dans ces pays-là la classe ouvrière ne sent jamais vraiment cette nécessité de détruire et de changer le système présent2. Au XXe siècle l’objet (peut-être?) espère l’anéantir (ou s’anéantir?) avec deux guerres mondiales, mais à chaque fois le capitalisme semble gagner plus de terrain, de pouvoir. Pendant une courte période historique le monde devient bipolaire sur le plan idéologique; puisque par l’ironie des choses la Révolution sociale a lieu là où le capitalisme industrielle ne règnait pas.

Marx, résume dans son oeuvre l’histoire en cinq périodes inégales et les insert dans sa dialectique où le socialisme représente le troisième stade final, c’est-à-dire la synthèse d’une très longue passée. Sur le plan idéologique, les sociétés du capitalisme industriel se divisent en général en deux groupes antagonistes: bourgeoisie et prolétariat ou bien gauche et droite; et du matérialisme historique qui se voulait scientifique on dérive une doctrine marxiste que Gustave Le Bon juge et condamne fin XIX. et début XXe siècles, puisque cette doctrine transforme Marx en un prophète, et l’idéologie marxiste en une religion dit-il.

Jusqu’aux années 1960, pour les marxistes, le capitalisme reste un système rationnel, soumis à la loi de l’offre et la demande, ainsi qu’aux valeurs d’échange et d’usage, de la plus value; du capital, du travail, des moyens ou instruments de production, des rapports de production, à la forme de production, etc. Dans l’attente d’une Révolution qui doit se réaliser une fois les conditions historiques nécessaires remplies, la critique marxiste radicale du système perd toute son efficacité pour se transformer en une simple vulgate critique: “Quelque chose a radicalement changé dans la sphère capitaliste, à quoi l’analyse marxiste ne répond plus. Elle doit donc se révolutionner pour survivre, ce qu’elle n’a certes pas fait depuis Marx” (Baudrillard [1975] 1994:84).

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Un vent de liberté qui souffle des Etats-Unis vers l’Europe dans les années 1960 change la vision du monde et des choses selon Jean Baudrillard. Le capitalisme subit un changement radical et profond, c‘est-à-dire une mutation substentielle. Bataille, avance l’idée qu’avec l’irruption brutal et imposant du pôle communiste sur la scène de l’histoire après la Deuxième Guerre Mondiale ou bien la sympathie grandissante que les masses éprouvent envers l’idéologie communiste dans les pays de l’europe occidentale oblige le capitalisme à baisser les voiles, devenir plus humain du fait qu’il considère le communisme comme un danger potentiel pour son existence, et les valeurs socialistes dorènavant commencent à faire partie du paysage anthropologique quotidien.

Dans ces années-là avec l’avénement de la société de consommation la critique marxiste perd le contact avec la réalité quotidienne sociale (sauf les Situationnistes peut-être) que Baudrillard qualifie comme un univers de simulation. Avant tout il considère que le capitalisme n’est plus un système rationnel, mais hyperrationnel:

Avec le capitalisme monopolistique…les besoins perdent toute autonomie, ils sont codés. La consommation n’a plus valeur propre de jouissance, elle est placée sous la contrainte d’une finalité absolue, qui est celle de la production. Celle-ci, par contre n’est plus assigné à d’autre finalité qu’elle même. Cette réduction totale du procès à un seul des termes dont l’autre n’est plus qu’un alibi…désigne plus qu’une évolution du monde capitaliste: une mutation. Par l’élévation de la production à l’abstraction totale (la production pour la production)…le système réussit à neutraliser non seulement la consommation, mais la production elle-même comme champ des contradictions…

Avec la généralisation de l’économie politique, il devient de plus en plus évident que son acte d’origine n’est pas là où le saisit l’analyse marxiste, dans l’exploitation du travail comme force productive, mais dans l’imposition d’une forme, d’un code général d’abstraction rationnelle dont la rationalisation capitaliste de la production matérielle n’est qu’un cas particulier (Ibid.:92-3).

Pour transformer le capitalisme monopolistique en un système de société de consommation il faut dépasser dit-il le stade des besoins biologiques et physiologiques pour en arriver à la satisfaction du stade des besoins psychologiques qui sont déterminés par les médias (notamment la publicité), grâce à l’aide d’une logique distinctive, combiné avec un sentiment de désir superficiel concernant les objets matériels ou matérialisés. Mais le néolibéralisme ne pouvait absolument pas prévoir ce processus de transformation qui lui semble généralisé, et que Baudrillard attribue à l’existence d’une logique de potentialisation.

Parce que selon lui la technologie de la production et la science sont toujours sous la domination d’une logique rationnelle; le processus de consommation rappelle toutefois celui des sociétés primitives, par contre il n’est pas irrationnel, mais hyperrationnel.

Dans les années1960, pour Baudrillard, le système présent perd enfin son “principe de réalité” (ce processus semble démarrer avec la crise de 1929) qui est primordial pour sa survie. Et quand un système perd son principe de réalité, il est condamné dans un sens, à simuler éternellement l’état dans lequel il se trouvait juste au moment où il s’est inversé. Parce que apparemment on ne peut plus le remettre en état, ni en créer un nouveau vu les conditions actuelles des choses. Puisque ce système n’est plus bipolaire sur le plan idéologique ou social comme jadis, les deux pôles antagonistes qui se prenaient l’un pour l’alternatif de l’autre composent désormais le pôle positif et le pôle négatif à l’image d’un accumulateur électrique. Autrement dit ces deux pôles forment ce qu’on apelle le système et se soumettent aux mêmes lois forgée par la logique de potentialisation, qui fait que la gauche et la droite s’assument mutuellement les obligations des uns et des autres.

Dans l’univers de simulation la production, le travail, le salaire, la grève, etc perdent leur signification première pour en devenir des apparences ou des simulacres. Dans cet univers la classe ouvrière collabore avec le capital et perd sa position révolutionnaire pour en devenir des ‘salariés plus ou moins bourgeois’, des actionnaires du capitalisme. Tous ce que Marx rêve pour la classe ouvrière, le néolibéralisme les réalise, non pas de la manière dont ils étaient imaginés, mais à son gré pour se transformer simplement en un système de domination éternel . Le capitalisme n’est plus un système fondé sur la production, donc sur l’exploitation de l’homme, mais un système auquel on se soumet dans le sens de l’échange symbolique dit-il. Selon lui dans un sens c’est le système capitaliste qui a réalisé la révolution3 d’une manière ironique, et non le prolétariat qui ne fait plus parti du social mais des “masses” qui ont perdu leur essence sociale.

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Un autre mot de passe essentiel pour comprendre la pensée de Jean Baudrillard c’est l’échange symbolique qu’il emprunte à Marcel Mauss, dont Marx ignore la forme et le contenu que la théorie du Don l’attribuent. La notion d’échange symbolique lui permet non seulement de reviser les thèses ou hypothèses marxistes concernant l’Histoire des sociétés modernes ou des pays capitalistes industrialisées, mais aussi de contrarier ces idées en postulant les prémisses qui nous ont permis d’entrevoir une autre conception de l’Histoire beaucoup plus conforme à la réalité et beaucoup plus objectif.

Son interprétation concernant l’origine des choses semble beaucoup plus convaincant que celle de Marx si l’on se réfère aux travaux des historiens notables comme Georges Duby, Jacques Le Goff et Fernand Braudel, etc. Duby, par exemple dans son travail “Guerriers et paysans- VIIe-XIIe siècle premier essor de l’économie européenne” (Tel/Gallimard 1973/1980 Paris) confirme assurément que l’histoire de l’Europe vécue entre les VIIe et XIIe siècles justifient pleinement l’approche socio-anthropologique de Marcel Mauss; c’est-à-dire que dans les racines des sociétés européennes aussi on y trouve tous les éléments universels que Mauss a découvert et a démontré dans ses travaux théoriques en ce qui concerne les sociétés primitives. D’autre part un historien comme Fernand Braudel nous présente dans son ouvrage extraordinaire La Civilisation matérielle I-II-III (Livre de poche 1979) une histoire complète du capitalisme dans une perspective marxiste. Mais si l’on change de perspective et si l’on y regarde à travers les lunettes de Mauss à toutes les données universelles qu’il nous propose sur les formes d’échanges et la vie quotidienne on se rend compte qu’elles s’y conforment parfaitement aux résultats maussiens et donc elles ne font rien de plus que de confirmer l’approche de Jean Baudrillard qui adopte ici les données maussiennes, si l’on peut s’exprimer ainsi, sans réserve. Il les adopte non seulement pour l’analyse du passé mais aussi de la société moderne de consommation dans laquelle il vit. Par exemple il refute les rapports de domination et de soumission qui doivent être en corrélation avec la production4 selon Marx:

Historiquement on sait que le pouvoir sacerdotal se fonde sur le monopole de la mort et sur le contrôle exclusif des rappors avec les morts. Les morts sont le premier domaine réservé, et restitué à l’échange par une médiation obligée: celle des prêtres. Le pouvoir s’installe sur cette barrière de la mort…Toutes les futures aliènations, séparations abstractions qui seront celle de l’économie politique dénoncées par Marx s’enracinent dans cette séparation de la mort (Baudrillard, 1976:200-01).

    
Mais une quinzaine d’années plus tard il ne peut s’empêcher l’idée que les sociétés modernes ne peuvent plus produire une histoire nouvelle (Baudrillard, 1992:42).

Encore une fois cette approche historique qu’il n’a pas mené à bout systèmatiquement et qu’il a délaissé dans un état hypothétique est l’un des sujets importants qui attend d’être développer ou d’élaborer minutieusement. Comme nous l’avons montré dans un de nos ouvrages (Eski Dünyaya Yeni Bir Bakış, 1993-2010 İzmir-Ankara) nous sommes profondément convaincu qu’en se basant sur la théorie du Don de Mauss on peut imaginer des origines à nos jours une nouvelle conception de l’histoire qui aurait beaucoup de traits universels commun que ça plaise ou non à tout le monde.

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Si l’on suit le raisonnement de Jean Baudrillard en ce qui concerne la société de consommation ou la société contemporaine à travers ses premiers ouvrages et surtout dans son ouvrage exceptionnel qu’est L’echange symbolique et la mort, nous remarquons qu’il critique et condamne tous les soi-disant progrès technologiques, sociaux, culturels ou politiques; toutes les valeurs soi-disant humaines élaborées par la modernité, dans une perspective de l’échange symbolique, c’est-à-dire du point de vue des sociétés primitives; d’où (sauf des exceptions) sa condamnation fatale par la grande majorité (pour ne pas dire l’ensemble) des intellectuels des sociétés modernes à l’image de sociétés primitives qui excluent symboliquement un de leur membre et personne ne lui parle jusqu’à ses derniers jours ou bien jusqu’à une date que les sages du groupe déterminent!

Donc l’un des traits caractéristiques de la pensée de Jean Baudrillard c’est les comparaisons qu’il établit entre les sociétés modernes et les sociétés primitives pour désappointer le lecteur et surtout les intellectuels qui s’illusionnent sur l’évolution et les progrès scientifiques et technologiques réalisés par les sociétés modernes auxquelles ils appartiennent, et qui croient vivre dans un système plus ou moins accompli ou parfait vu le reste du monde. Et quand à l’image de R. Louis Stevenson qui est l’auteur du célèbre ouvrage Dr Jekyll et Mr Hyde qui transforme son personnage principale (Dr Jekyll), un homme doté des qualités positives, en un personnage négatif (Mr Hyde), Jean Baudrillard transforme l’univers de la réalité en un univers de simulation, il est naturellement condamné à la solitude. Dans le roman Mr Hyde a le mérite de se disparaitre, l’acte qui entraine naturellement celle de Dr Jekyll. Baudrillard de son côté tout en souhaitant, proposant la disparition de l’univers de simulation, il se demande toutefois s’il n’est pas immortel, puisque ou presque rien ne change dans ce système.

Mais tout ça c’était dans les années 1970-1980, etc puisqu’aujourd’hui il semble que la pensée baudrillardienne attire de plus en plus l’attention du lecteur dans son propre pays, ainsi que dans les autres sociétés de consommation dans lesquelles la sophistication sans objectif de la pensée intellectuelle, et les comportements hyperrationnels que manifestent les individus semble les rapprocher chaque jour d’avantage de cette forme de mentalité complexe et de ce comportement irrationnel des membres des sociétés primitives.

Pourtant il n’est pas si difficile de comprendre et d’apprécier les idées incroyablement originales et fraiches de Jean Baudrillard qui ne fait qu’attirer l’attention à des réalités cruciales de ces sociétés modernes sous un voile de simulation. Donc quand il fait des comparaisons il ne présente jamais les sociétés primitives comme un modèle ou un objectif pour les sociétés de consommation, ou pour les autres mais simplement pour détourner ou modifier complètement ou non la vision des choses et du monde qu’il considère comme totalement révolue, dépassée, etc. Pourtant il sait parfaitement qu’on ne peut faire des comparaisons entre des sociétés qui appartiennent à des registres complètement différentes et ayant des conditions matérielles qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. D’autre part ces sociétés qui se laissent voir comme une sorte d’utopie réalisée dans ses analyses n’existent quasiment plus, tout simplement ayant atteint les dimensions des millions d’individus un peu partout dans le monde (sauf les exceptions), elles ont elles aussi perdus pratiquement tous leurs traits caractéristiques et se sont transformés en sociétés non-modernes! Donc dans ses textes les sociétés primitives en tant que modèles ‘fictifs’ servent en effet à séduire le lecteur et attirer son attention sur le système de l’échange symbolique. Bref, l’analyse historique des sociétés non-modernes [Autant que celle des sociétés modernes] reste à refaire, et cette tâche incombe nécessairement aux intellectuels des sociétés non-modernes, une fois qu’ils cesseront de loucher sur les sociétés modernes de consommation naturellement!

Par conséquent on peut dire que là où Marx, qui, grâce à sa conception matérialiste de l’histoire nous propose une utopie qui va dans la direction des sociétés primitives aux sociétés modernes communistes; Baudrillard grâce à la théorie du Don propose l’inverse avec une dystopie où il détruit quasiment cette première vision du monde et des choses.

Enfin Baudrillard insiste aussi sur l’idée que:

L’universalisation des faits, des données, des savoirs, de l’information est un préalable à leur disparition. Toute idée, toute culture s’universalise avant de disparaitre (Baudrillard, 2000:96-7). Toutefois quand il parle d’une dualité connue pour être universelle c’est-à-dire des principes du bien et du mal, il nous propose des inférences avec une connotation universelle si je ne me trompe:  Nous opposons le bien et le mal en termes dialectiques en sorte qu’une morale soit possible, c’est-à-dire qu’on puisse opter pour l’un ou l’autre. Or rien ne dit qu’on ait réellement ce choix, à cause d’une réversibilité perverse qui fait que, la plupart du temps, toutes les tentatives de faire le bien produisent, à moyen ou à long terme, le mal. Le contraire existe aussi d’ailleurs, où le mal aboutit à un bien…il est illusoire de considérer séparément les deux principes et de penser qu’il y a entre eux un choix possible fondé sur une quelconque raison morale (Baudrillard, 1992:47).

Marx, en termes dialectiques avait opté pour le bien de l’humanité mais il a produit un mal pour ainsi dire; par contre en considèrant ensemble les deux principes, c’est-à-dire en ne voulant ni le bien ni le mal de l’humanité, il est possible que Baudrillard aboutisse à moyen ou à long terme à un mal sinon à un bien!

Oğuz Adanir is a writer, teacher and film maker who received his doctorate from the Sorbonne in 1978. He has participated in studies with Jean Mitry, Eric Rohmer, Jean Rouch, and Marc Ferro. He has been head of the Department of Cinema and Television at the University of Dokuz Eylul and Director of the Fine Arts Institute (1996-2009). He's working both on simulation theory, cinema, culture/mentality issues based on theory of gift (Marcel Mauss).

Note: Thıs Paper was presented at the International Colloquium on Baudrillard Studies in Nanjing, China (October 13-14, 2012)

 

References

Jean Baudrillard ([1975] 1994). Le Miroire de la production, Galilée, Paris.

Jean Baudrillard (1976). L’échange symbolique et la mort, Gallimard, Paris.

Jean Baudrillard (1992). L’illusion de la fin…, J. Baudrillard, Ed. Galilée, Paris. 

Jean Baudrillard (2000). Mots de passe, Ed. Fayard, Paris.

Fernand Braudel (1979). Civilisation matérielle, économie et capitalisme: XVe-XVIIIe siécle, Vol. 3, L. de Poche, A. Colin, Paris.

Karl Marxl (1844-47). Thèses sur Feuerbach.

 

Endnotes

1. Déjà en 1897 E. Durkheim la qualifiait de : “méthode idéologique” voir La conception matérialiste de l’histoire, 1897, Revue philosophique, XLIV, pp.645-651.

2. E. Durkheim, ibid. “les transformations économiques qui se sont produites au cours de ce siècle, la substitution de la grande à la petite industrie, ne nécessitent aucunement un bouleversement et un renouvellement intégral de l'ordre social, et même que le malaise dont peuvent souffrir les sociétés européennes ne doit pas avoir ces transformations pour origine”.

3. Une révolution a eu lieu dans le monde capitaliste sans que nos marxistes
aient voulu s’en apercevoir. Quant à l’objection que notre société est encore largement dominée par cette logique de la marchandise, elle est sans
valeur. Quand Marx s’est mise `s analyser le capital, la production industrielle capitalist était encore largement minoritaire. Quand il a désigné l’économie politique comme la sphère déterminante, la religion était encore largement dominante. La décision n’est jamais au niveau quantitatif, mais au niveau structurel critique (Baudrillard, [1975] 1994:87).

4. E. Durkheim, Op. Cit., “Autant il nous paraît vrai que les cau­ses des phénomènes sociaux doivent être recherchées en dehors des représen­tations individuelles, autant il nous paraît faux qu'elles se ramènent, en der­nière instance, à l'état de la technique industrielle et que le facteur économique soit le ressort du progrès. »… Non seulement l'hypothèse marxiste n'est pas prouvée, mais elle est con­traire à des faits qui paraissent établis. Sociologues et historiens tendent de plus en plus à se rencontrer dans cette affirmation commune que la religion est le plus primitif de tous les phénomènes sociaux… Plus généralement, il est incontestable que, à l'origine, le facteur économique est rudimentaire, alors que la vie religieuse est, au contraire, luxuriante et enva­his­sante. Comment donc pourrait-elle en résulter et n'est-il pas, au contraire, probable que l'économie dépend de la religion beaucoup plus que la seconde de la première ?”